L'Institut du Salarié

Dénonciation ou délation : une seule limite l'intention

Dénoncer son employeur, la garantie d'une protection

Publié par L'Institut du Salarié | 14 janvier 2014


Dénonciation ou délation: tout dépend des intentions ?

La dénonciation pour que cesse la nuisance infligée à l’autre,
La délation pour infliger à l’autre sa propre nuisance.

La dénonciation consiste à révéler l’existence d’une situation contraire à la morale et qui produit par effet de miroir une souffrance personnelle. On se met dans ce cas à la place de l’autre, victime pour laquelle on compatit, ou bourreau qu’on exècre.

La dénonciation est motivée par le bien-être d’autrui que l’on sait menacé, et auquel on ne peut rester indifférent. Dans des cas de harcèlement ou de discrimination par exemple, on s’accapare en quelque sorte la souffrance de l’autre. Faire cesser cette situation en la révélant nous procurera, sinon autant de bien qu’à la victime, au moins la satisfaction d’avoir bien agi. La dénonciation vise à faire du bien.

Les leviers de la délation sont différents. C’est la volonté de nuire, ou de régler ses comptes qui amène le délateur à révéler des faits avérés ou pas. Si cette délation entraîne une condamnation, le délateur se réjouira non pas l’issue de son acte, mais de sa faculté de nuisance.

Si la délation s’avère infondée, le trouble qu’il aura créé le satisfera. La dénonciation vise à préserver la morale, la délation à cela d’immoral qu’elle ne tend qu’à la vile satisfaction de celui qui s’y adonne. La dénonciation c'est vouloir du bien, la délation vouloir du mal à l'autre.

Aussi, la loi du 6 décembre 2013 relative à la lutte contre la fraude fiscale et la grande délinquance économique et financière protège les salariés qui de bonne foi, auront divulgué des faits qu’ils estiment constitutifs d’un crime ou d’un délit, dont ils ont connaissance dans l’exercice de leurs fonctions. Cette incitation à la dénonciation est dangereuse, et la protection conférée au délateur laisse la porte ouverte au dénigrement et à la calomnie. Ainsi, n’importe qui, dès lors qu’il est de bonne foi est invité à relater ou témoigner de faits qu’ils soient avérés ou pas.

Cette loi encourage le cafardage, le mouchardage et oblige l’employeur répondre à toutes les attaques ou insinuations dont il aura été l’objet. S’il est certain que la fraude fiscale et la grande délinquance économique grèvent sérieusement les finances de l’état, ce n’est pas du rôle du salarié que de dénoncer des malversations, fraudes, détournements et autres suspicions en tout genre dont il n’a pas la certitude.

Il appartient à l’état de mener à bien de cette mission. Cette loi nouvelle est une volonté d’instrumentaliser les salariés dans des missions qui ne leur sont pas dévolues et de les transformer en contrôleurs de l’état dont il faut craindre que les révélations soient dictées par des motifs vils et méprisables. N’importe qui, pourra alléguer n’importe quoi contre son entreprise si ses soupçons ou accusations sont de bonne foi.

Nuire à son entreprise, son supérieur, un collègue est maintenant aisé depuis que l’état s’est adjoint gracieusement l’œil d’agents nouveaux, les salariés.

La nuance est donc fixée par la morale de chacun, et il est à espérer que le nouveau statut protecteur que confère cette loi n’incitera pas les salariés à en user au seul motif d’intentions malveillantes.


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